ARCHITETTURA MOBILE tra arte e architettura

by admin

Bonjour,
Je suis Jean-Baptiste Decavèle, j’ai été associé à Yona Friedman pendant 15 ans, nous avons été très proches, et je l’ai assisté jusqu’à ce qu’il nous quitte fin 2019. Tous les projets, les milliers de photographies et les centaines de films que nous avons réalisés ensemble, composent pour moi un portrait multiforme que j’ai voulu faire de lui, par amitié.
Le 05 Juin de cette année, Yona aurait eu 99 ans, et il nous a semblé important de l’accompagner vers son centenaire, au travers d’une activation de La Cité des réfugiés, une des propositions architecturales et urbanistiques qui comptait beaucoup pour lui, et qui compte aussi beaucoup pour nous.
Je suis très heureux de passer un peu de temps avec vous, par lecture interposée, pour vous en parler.
C’est à partir de 2015-2016 que Yona Friedman a proposé un ensemble de possibilités pour aménager des solutions simples d’accueil aux réfugié-e-s de toutes provenances. 2015-2016 est la période durant laquelle a pris corps une situation d’exode massif qui s’est exacerbée, et qui dure encore, et empire chaque jour.
Il y a 6 ans, l’exode en provenance de l’Afrique, de la Syrie, d’Afghanistan, du Liban, et de bien d’autres pays encore, les milliers de vies disparues, tout cela pouvait sembler bien lointain à certaines personnes. L’histoire qui prend corps chaque jour sous nos yeux tend à nous répéter encore et encore que la cruauté n’a pas de limite, et que nous aussi nous pouvons être dépossédés de tout, à tout moment.
Tout cela nous le savions déjà, au moins pour un certain nombre d’entre nous. Nous ne pouvons pas faire comme si cela n’avait jamais existé.
Je me souviens de Yona Friedman me parlant de Budapest, sa ville natale, détruite en 1944 sous les bombes de la guerre : « …il n’y avait plus rien, la ville était détruite, il n’y avait pas d’eau, et pour boire nous faisions fondre la neige… ce qui m’a sauvé quand j’ai été arrêté suite à une dénonciation dans la rue, c’est que j’avais sur moi une cinquantaine de faux passeport. Je n’ai pas été déporté tout de suite parce que j’étais résistant… ».
Je me souviens aussi quand il disait que c’est avec la guerre qu’il s’est rendu compte que tout ce qu’il avait appris n’avait aucune valeur et qu’il fallait tout reconsidérer.
Pour survivre, il a choisi l’exil, passager clandestin sur un bateau à destination d’Israël, en passant par Istanbul, puis il a choisi après quelques années de venir vivre à Paris.
Je pense souvent à lui quand je lis les journaux et que je vois certaines photographies de destruction et d’anéantissement totale.
Ces photographies témoignent de l’horreur, elles témoignent aussi d’un avenir encore incertain, et font nécessairement penser au moment où il faudra reconstruire pour que les personnes puissent vivre là à nouveau.
Pour cela il faudra nécessairement faire des deuils, repenser les approches multiples. Il faudra sans doute et entre autres choses réinventer la ville, à tous les niveaux, avec par exemple les questions de vulnérabilité et d’interdépendance. Il faudra tout cela, dans la mesure du possible, bien entendu. Et nous n’avons aujourd’hui aucune certitude en dehors du fait que nous sommes là et que nous avons encore la possibilité d’agir et de nous adapter à ce monde qui émerge devant nous.
La Cité des réfugiés n’est bien évidement pas une proposition faite en réponse à la guerre, ni à celle qui vient de commencer en Europe, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La situation actuelle trouve ses origines dans une situation pré existante et il me semble important de préciser que Yona Friedman à passer sa vie à lutter pour que les choses évoluent. Et force est de constater que beaucoup des propositions qu’il a fait à partir des années 1950 s’imposent encore aujourd’hui et sont reprises. Avec 60 ans de retard….
Durant La Montagne de Venise, il y a 6 ans, Yona parlait déjà de la nécessité de réinventer la ville, et il disait que du fait de son âge, bientôt centenaire, il ne pouvait que faire des propositions de travail, proposer des alternatives. Il disait aussi que la chance de réinventer la ville revenait aux générations à venir, et donc aux étudiants et étudiantes d’aujourd’hui.
Il est important de comprendre la nécessité d’une architecture accessible à toutes et à tous, avec des techniques simples et à des prix les moins chers possible, libérés de tout aspect spéculatif. Je vais citer Yona Friedman pour que vous puissiez comprendre une des bases fondamentales et assez simple de sa pensée si riche.
« Dans tout mon travail, je fais en sorte instinctivement de débarrasser ma pensée de toutes les règles qui me semblent superflues et j’en laisse émerger d’autres qui me semblent fondamentales. C’est par exemple le cas avec l’Architecture Mobile. Je suis parti du principe que les idées de l’habitant-e sont ce qui est le plus important et que les personnes se trouvent en général dans l’impossibilité de formuler verbalement ce qu’elles veulent, mais qu’elles y arrivent au travers d’essais et d’erreurs. L’architecture mainstream, ses technologies et ses infrastructures n’autorisent pas cela, sauf à des prix excessivement prohibitifs.
Les seules options qui nous restent sont donc de penser et d’inventer des technologies « mobiles » et modifiables à des prix abordables et très bas. »
La proposition pour La Cité des réfugiés est une proposition à valeur culturelle Dans laquelle l’aspect social qui est mis en valeur est celui de la créativité de toute et de tous ainsi que celui de la formation. Il a semblé important à Yona Friedman que le point de départ de sa proposition soit le refuge, base pour aller vers la possibilité d’un habitat autonome.
Pour lui, je cite :
« L’habitat, c’est plus qu’un simple abri, qu’un simple refuge. C’est un refuge équipé de quelques équipements minimaux. Alors cela devient une maison.
Dans notre civilisation industrielle l’équipement, les matériaux, etc. sont jetés par les habitants des villes. À Paris les services de nettoyage emportent chaque jour du matériel à jeter mais qui est récupérable par celles et ceux qui n’ont rien. Cette situation suggère une
manière de les aider en leur fournissant une structure, inachevée, qu’ils peuvent transformer en maison.
Dans le cas de l’opération que nous proposons à No Man’s Land Loreto, avec la participation de No Man’s Land Foundation, ce qui sera offert aux personnes qui participeront au projet de La Cité des réfugiés, c’est un ensemble d’ossatures métalliques qu’il sera ensuite possible pour ces personnes de monter soi-même et de développer sous forme d’habitat à fonctions multiples.
Ces ossatures sont composées de cubes d’environ 10 M cubes l’unité, réalisées à partir de cercles de 2m20 de diamètre et faits avec des tubes d’acier plein de 20 millimètres de diamètre. Une unité de 10 M cubes peut, par exemple, servir pour une ou 2 personnes.
Chaque ossature, une fois réalisée par nos soins, pourra ensuite être transformée en maison dans le cadre exclusif de la programmation culturelle prévu par No Man’s Land Foundation. Ces volumes habitables pourront être complétés par les usagers avec par exemple 6 panneaux de 4, 84 m² chacun et pourront y inclure un mobilier simple de leur choix.
Un équipement électrique alimenté par batterie et panneau capteur solaire pourra par exemple rendre cette maison indépendante de toute infrastructure.
Le regroupement de ces cubes pourra se faire par les usagers eux-mêmes, qui auront la possibilité de les placer dans les endroits et orientations qu’ils où qu’elles souhaiteront.
Il n’y a pas de plans architecturaux ni urbanistiques. C’est le bon sens qui dirige les millions d’habitants d’immeubles pour disposer leur ameublement. Ces cubes sont essentiellement des super meubles, ils ne nécessitent pas de fondation. Ils sont parqués sur le terrain et leur formation peut être changée heure après heure. C’est l’architecture mobile.
L’esthétique reste aussi au choix et à la volonté des habitants usagers qui peuvent peindre et décorer les panneaux formant les cubes. Les espaces entre les groupes de cubes sont nécessairement appropriés pour devenir des jardins.
L’investissement à réaliser est essentiellement le prêt temporaire du terrain situé à No Man’s Land.
Il est important de se rappeler aussi que les coûts de la structure une fois que nous aurons terminé et mis à disposition les ossatures se situent à une échelle de prix très bas, de la catégorie des prix de l’électroménager habituel.
Une personne qui est dans la nécessité de se procurer un refuge est une personne, homme ou femme, enfant, comme vous et moi. J’étais une de ces personnes à la fin de la guerre. Les aider c’est nous aider nous-mêmes. » Yona Friedman, Paris le 05 Juin 2019.
Jean-Baptiste Decavèle
Paris le 05 Avril 2022

Buongiorno,
sono Jean-Baptiste Decavèle. Ho lavorato con Yona Friedman per 15 anni, eravamo molto legati e l’ho assistito fino a quando non ci ha lasciato alla fine del 2019. Tutti i progetti, le migliaia di fotografie e le centinaia di film che abbiamo fatto insieme, rappresentano per me un ritratto sfaccettato che ho voluto fare di lui, per amicizia.
Il 05 giugno di quest’anno Yona avrebbe compiuto 99 anni e ci è sembrato importante accompagnarlo al suo centenario, attraverso un’attivazione di La Cité des Réfugiés, una delle proposte architettoniche e urbanistiche che è stata molto importante per lui e che lo è anche per noi.
Sono molto felice di passare un po’ di tempo con voi, per interposta lettura, per potervene parlare.
È stato a partire dal 2015 -2016 che Yona Friedman ha proposto una serie di possibilità per sviluppare semplici soluzioni di accoglienza per rifugiati di ogni provenienza. Il 2015-2016 è il periodo durante il quale si è delineata una situazione di esodo di massa che si è acuita, e che perdura tuttora peggiorando di giorno in giorno.
6 anni fa, l’esodo dall’Africa, dalla Siria, dall’Afghanistan, dal Libano e da molti altri Paesi, con le migliaia di vite disperse, ad alcuni poteva sembrare una realtà estranea ma la storia che ormai ogni giorno prende corpo davanti ai nostri occhi ci racconta con insistenza che la crudeltà non ha limiti, e che anche noi in qualsiasi momento possiamo essere privati di tutto.
Tutto questo lo sapevamo già, almeno alcuni di noi. Non si può più fingere che le cose non siano mai successe.
Ricordo Yona Friedman che mi raccontava di Budapest, la sua città natale, distrutta nel 1944 dalle bombe: “…non era rimasto più niente, la città era distrutta, non c’era acqua, e per bere scioglievamo la neve… Quello che mi ha salvato quando sono stato arrestato a seguito di una denuncia, era che avevo una cinquantina di passaporti falsi con me. Infatti non sono stato deportato subito perché facevo parte della resistenza …”.
Ricordo anche quando Yona diceva che fu con la guerra che si rese conto che tutto ciò che aveva imparato non aveva alcun valore e che tutto andava riconsiderato.
Per sopravvivere scelse l’esilio, imbarcandosi da clandestino su una nave diretta in Israele, via Istanbul, poi dopo qualche anno decise di andare a vivere a Parigi.
Penso spesso a lui quando leggo i giornali e vedo delle fotografie che mostrano distruzione e annientamento.
Queste fotografie testimoniano l’orrore, testimoniano anche un futuro incerto, e fanno necessariamente pensare al momento in cui sarà necessario ricostruire perché le persone possano tornare a viverci.
Per questo, dopo l’elaborazione del lutto, sarà necessario, ripensare alle nuove modalità di approccio. Senza dubbio, tra le tante altre cose, bisognerà reinventare la Città a tutti i livelli, tenendo presente ad esempio, le questioni di vulnerabilità e interdipendenza. Ci vorrà tutto questo, nei limiti del possibile, ovviamente. Oggi non abbiamo nessuna certezza a parte quella che siamo qui e che abbiamo ancora la possibilità di agire e adattarci a questo nuovo mondo che emerge davanti a noi.
La Città dei Rifugiati ovviamente non è una proposta fatta in risposta alla guerra, neanche a quella appena iniziata in Europa, con l’invasione dell’Ucraina da parte della Russia. La situazione attuale ha le sue origini in una situazione preesistente e mi sembra importante sottolineare che Yona Friedman ha passato la sua vita a lottare perché le cose cambiassero. Ed è chiaro che molte delle proposte da lui avanzate a partire dagli anni Cinquanta sono necessarie ancora oggi e vengono riproposte, con 60 anni di ritardo…
Durante il progetto La Montagne de Venise, 6 anni fa, Yona parlava già della necessità di reinventare la Città, e diceva che per via della sua età, presto centenaria, poteva solo fare proposte di lavoro, suggerire alternative. Diceva che il compito di reinventare la Città spettava alle generazioni future, cioè agli studenti di oggi.
È importante comprendere la necessità di un’architettura accessibile a tutti, fatta con tecniche semplici e al minor costo possibile, priva di ogni aspetto speculativo. Citerò Yona Friedman in modo che possiate comprendere una delle basi fondamentali e abbastanza semplici del suo ricco pensiero.
“In tutto il mio lavoro, istintivamente mi assicuro di liberare il mio pensiero da tutte le regole che mi sembrano superflue e ne lascio emergere altre che mi sembrano fondamentali. Questo è ad esempio il caso dell’architettura mobile. Sono partito dal principio che le idee dell’abitante sono la cosa più importante e che le persone generalmente non sono in grado di formulare verbalmente ciò che vogliono, ma che ci arrivano per tentativi ed errori. L’architettura mainstream, le sue tecnologie e le sue infrastrutture non lo consentono, se non a prezzi proibitivi.
Non ci resta quindi che pensare e inventare tecnologie “mobili” e modificabili a prezzi accessibili, bassissimi. »
La proposta per La Cité des Réfugiés è una proposta con una valenza culturale in cui l’aspetto sociale che si evidenzia è quello della creatività di tutte e tutti, oltre che quello della formazione. A Yona Friedman sembrava importante che il punto di partenza della sua idea fosse il rifugio, la base per muoversi verso la possibilità di un habitat autonomo.
Citando ancora Yona:
“L’habitat è più di un semplice riparo, di un semplice rifugio. Si tratta di un rifugio dotato di alcune attrezzature minime. Poi diventa una casa.”
Nella nostra civiltà industriale attrezzature, materiali, ecc. vengono buttati via dagli abitanti delle città. A Parigi gli operatori ecologici portano via ogni giorno materiali da buttare ma che invece potrebbero essere recuperati da chi non ha niente. Questa situazione suggerisce un modo per aiutarli fornendo loro una struttura non finita che possono trasformare in una casa.
Nel caso dell’iniziativa che proponiamo a No Man’s Land a Loreto, insieme a No Man’s Land Foundation, quello che verrà offerto alle persone che parteciperanno al progetto di La Cité des Réfugiés sarà un insieme di strutture metalliche che essi potranno installare da sé e che sarà possibile sviluppare sotto forma di un habitat con molteplici funzioni.
Queste strutture sono costituite da cubi di circa 10 m3 ciascuno, formati da cerchi di 2,20 m di diametro e realizzati con tubi in acciaio pieno di 20 mm di diametro. Un’unità di 10 metri cubi può, ad esempio, essere utilizzata da una o due persone.
Ogni cubo, di volta in volta realizzato da noi, può poi trasformarsi in una casa nell’ambito esclusivo del programma culturale ideato da No Man’s Land Foundation. Questi volumi abitativi potranno essere completati dagli utenti con, ad esempio, 6 pannelli di 4,84 m² ciascuno e possono includere mobili semplici a loro scelta.
Le apparecchiature elettriche alimentate da batteria e pannello solare ad esempio potranno rendere questa casa indipendente da qualsiasi infrastruttura.
Il raggruppamento di questi cubi potrà essere effettuato dagli utenti stessi che avranno la possibilità di posizionarli nei luoghi desiderati.
Non ci sono piani, né architettonici né urbanistici. È il buon senso che dovrà indirizzare i milioni di abitanti di queste strutture a sistemare i propri arredi. Questi cubi sono fondamentalmente dei super mobili, non richiedono fondamenta.
Sono parcheggiati sul terreno e la loro forma può essere cambiata ora dopo ora. È un’architettura mobile.
L’estetica si fonda sulla scelta e la volontà dei fruitori che possono dipingere e decorare i pannelli che formano i cubi. Gli spazi tra i gruppi di cubi sono necessariamente destinati a diventare dei giardini.
E’ necessario avere temporaneamente a disposizione un terreno, in questo caso il sito di No Man’s Land Foundation.
È importante ricordare inoltre che i costi della struttura una volta che avremo finito e messo a disposizione i cubi sono in una fascia di prezzo molto contenuta, della tipologia dei comuni elettrodomestici.
Una persona che ha bisogno di un rifugio è una persona, uomo o donna, ragazzo, come te e me. Ed io ero uno di loro alla fine della guerra. Aiutarli è aiutare noi stessi” dice Yona Friedman, a Parigi il 05 giugno 2019.

Jean-Baptiste Decavele
Parigi il 05 aprile 2022

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